Musiquer

Apprendre la musique pas à pas avec Matthew Ellul

Chiffrages et mesures : tout ce que vous devez savoir

11 minutes

Avant d’aborder les chiffrages proprement dits, il faut parler un peu de la métrique. Après tout, le chiffrage représente la métrique dans la musique écrite.

La métrique, c’est la division des temps en groupes égaux. Nous en avons déjà brièvement parlé dans le cours Comment lire la musique (partie 2), mais voici une petite démonstration.

Voici une pulsation composée de 6 noires :

jour 4 : la métrique / 6 noires

Même si elle est très simple, on peut la jouer de différentes façons. Essayons une possibilité où les 6 noires sont réparties en 2 groupes de 3 noires :

jour 4 : la métrique / à trois temps

Écoutez l’exemple :

Essayons maintenant autre chose. Cette fois, la pulsation est répartie en 3 groupes de 2 noires :

jour 4 : la métrique / à deux temps

Écoutez l’exemple :

Vous serez sans doute d’accord : l’effet musical de ces deux pulsations est très différent.

La question importante est donc :

Comment avons-nous su que ces deux pulsations étaient différentes ?

La réponse se trouve dans les accents. Tout comme dans le langage courant, où certaines syllabes sont plus appuyées que d’autres, en musique certains temps sont plus forts que d’autres (autrement dit, certains temps sont accentués).

Dans le premier exemple, les 6 noires sont réparties en 2 groupes de 3 temps chacun. Le premier temps de chaque groupe est plus fort que les deux autres ; on peut aussi dire qu’il est accentué. C’est pourquoi nous percevons la métrique « en trois », c’est-à-dire que la pulsation produit un effet continu de « un, deux, trois, un, deux, trois, etc. ». Autrement dit, la mesure est « à trois temps ».

Dans le second exemple, le temps fort revient tous les 2 temps : nous percevons donc la métrique « en deux ». Son effet est un « un, deux, un, deux, etc. » répété, où le « un » est fort (accentué) et le « deux » plus faible. Autrement dit, c’est une « mesure à deux temps ».

En musique, ces cycles de temps forts et faibles constituent la métrique. Ils peuvent compter n’importe quel nombre de temps, mais les plus courants sont à deux, à trois et à quatre temps.

Dans la notation musicale, ces groupes de temps sont organisés en mesures et séparés par des barres de mesure.

jour 4 : la métrique / mesures et barres de mesure


Le chiffrage de la mesure

Nous pouvons maintenant passer aux chiffrages. Comme vous l’avez sans doute vu sur des partitions, le chiffrage est un symbole composé de deux chiffres, l’un au-dessus de l’autre. Il sert à indiquer la métrique de façon rapide et claire au début d’un morceau.

Sur une partition, vous trouverez le chiffrage au tout début du morceau. Voici un exemple tiré d’un lied de Schubert.

jour 4 : la métrique / chiffrage de la mesure

Dans ce lied de Schubert, le chiffrage est donc deux-quatre :

jour 4 : la métrique / chiffrage de la mesure

Alors, que signifient ces chiffres ?

Le chiffre du haut nous indique le nombre de temps par mesure. Il nous dit si la mesure est à deux, trois, quatre temps ou plus. Ce chiffrage montre que la mesure est à deux temps : il y a deux temps dans chaque mesure.

Le chiffre du bas nous indique la valeur de ces temps. Il nous montre si les temps sont des croches, des noires, des blanches ou une autre figure.

Ce chiffre du bas se rapporte à la ronde. Le plus simple pour trouver la valeur des temps est de diviser la ronde par ce chiffre du bas. Par exemple, si le chiffre du bas est un 2, on calcule « ronde divisée par 2 », ce qui donne deux blanches. Donc, quand le chiffre du bas d’un chiffrage est un 2, les temps sont des blanches.

Et un quatre ? La ronde divisée par 4 donne 4 noires. Un chiffrage avec 4 en bas représente donc une pulsation à la noire.

Chiffre du bas Unité de temps
1 temps à la ronde
2 temps à la blanche
4 temps à la noire
8 temps à la croche
16 temps à la double croche

et ainsi de suite…

Dans l’exemple ci-dessus, le chiffre du bas est un 4, donc chaque temps est une noire. Le chiffrage deux-quatre indique donc une mesure de 2 temps à la noire. C’est une mesure à deux temps, c’est-à-dire formée de deux temps qui se répètent : le premier est le plus fort, le second plus faible.

Voici une composition à deux-quatre. Écoutez bien cette sensation de « un – deux – un – deux ».

Écoutez l’exemple : Beethoven : Marche turque, op. 113

Prenons un autre exemple. Voici le chiffrage trois-huit :

jour 4 : la métrique / chiffrage de la mesure

Comme le chiffre du haut est un trois, nous savons que cette mesure compte 3 temps. C’est une mesure à trois temps. Il faut maintenant trouver de quels temps il s’agit. Comme le chiffre du bas est un huit, ce sont des croches.

Le trois-huit est une mesure à trois temps de 3 croches par mesure.

Voici une composition à trois-huit. Essayez de repérer la sensation de un – deux – trois – un – deux – trois.

Écoutez l’exemple : Haydn – Allegro de la Sonate n° 8

Et que dire du chiffrage deux-deux ?

jour 4 : la métrique / chiffrage de la mesure

Le chiffre du haut nous dit qu’il y a deux temps par mesure. Quels temps ? Le chiffre du bas, lui aussi un deux, indique que ce sont des blanches. Cette mesure est donc une mesure à deux temps composée de deux temps à la blanche par mesure.

Voici un morceau à deux-deux. Comme pour le deux-quatre, écoutez l’effet « un – deux – un – deux ».

Écoutez l’exemple : Mozart : Symphonie n° 40 en Sol mineur, 1er mouvement

À vous de jouer maintenant. Avant de continuer, définissez ce chiffrage :

jour 4 : la métrique / chiffrage de la mesure


– – – – – – – – – – – – – Lisez la suite quand vous êtes prêt – – – – – – – – – – – –  –

Réponse :

Le chiffre du bas nous dit que le temps est à la noire. Combien de temps à la noire par mesure ? Le chiffre du haut nous dit qu’il y en a quatre. C’est donc une mesure à quatre temps composée de quatre temps à la noire par mesure.

Temps forts et temps faibles

Avant d’aller plus loin, gardez à l’esprit que les mesures reposent sur une disposition fixe de temps forts et de temps faibles. Mais ne vous laissez pas tromper par les mots « fort » et « faible ». Ce sont des termes qui nous permettent d’expliquer cet aspect particulier du rythme. Les temps forts ne sont pas meilleurs en soi, ni les temps faibles moins bons. Ils sont tout aussi importants les uns que les autres. C’est grâce aux deux ensemble que la mesure fonctionne.

Dans les mesures à deux temps, le premier temps est le plus fort et le second est faible. L’exemple ici est à deux-quatre, mais c’est la même chose pour toute mesure à deux temps, comme le deux-huit ou le deux-deux. Dans les schémas suivants, S signifie fort (de l’anglais « strong ») et w signifie faible (« weak »). Un W majuscule signifie le plus faible (« weakest »).

jour 4 : la métrique / temps forts et temps faibles

Écoutez l’exemple :

Dans les mesures à trois temps, le premier temps est fort et il est suivi de deux temps faibles.

jour 4 : la métrique / temps forts et temps faibles

Écoutez l’exemple :

Dans les mesures à quatre temps, le premier et le troisième temps sont forts, le deuxième et le quatrième sont faibles. Le premier temps est cependant plus fort que le troisième, si bien que les quatre temps sont : le plus fort, faible, fort, faible.

jour 4 : la métrique / temps forts et temps faibles

Écoutez l’exemple :

Il est important de noter que ces temps forts et faibles ne sont pas forcés par les musiciens : ils apparaissent naturellement dans les mélodies, les enchaînements d’accords, les accompagnements, etc., parce que la musique est, par nature, faite de motifs.

De plus, la sensation de temps forts et faibles d’une mesure est souvent modifiée par le déroulement de la musique. Un temps fort peut être ressenti plus tôt ou plus tard que prévu. C’est d’ailleurs un moyen courant d’apporter de la variété à la musique. Mais il est important de comprendre ce schéma théorique des mesures pour pouvoir comprendre ensuite les écarts par rapport à ce schéma.


Le temps à la croche

Nous avons déjà vu que lorsque la pulsation est faite de temps à la noire, le chiffre du bas du chiffrage est 4. Lorsque la pulsation est faite de temps à la croche, le chiffre du bas est 8.

Comme toujours, le chiffre du haut indique le nombre de temps par mesure. Celui du bas indique la valeur de chacun de ces temps : ici, des croches. Avec le chiffrage ci-dessous, on obtient donc 2 temps à la croche par mesure. Comme le deux-quatre, il compte deux temps par mesure.

Lire la musique : jour 8 - d'autres chiffrages

De la même façon, voici 3 temps à la croche par mesure :

Lire la musique : jour 8 - d'autres chiffrages

Et voici 4 temps à la croche par mesure :

Lire la musique : jour 8 - d'autres chiffrages

Le tableau ci-dessous montre comment les figures de notes se rapportent aux différents types de temps. Le moyen le plus rapide de calculer ces rapports est de garder en tête quelle figure reçoit la valeur 1.

La double croche, par exemple, vaut un quart de temps si le temps est une noire. Autrement dit, quand la noire vaut « un », la double croche vaut « un quart ». Mais quand le temps est une croche, cette même double croche vaut un demi-temps. C’est-à-dire que si la croche vaut « un », la double croche vaut « un demi ».

Lire la musique - jour 8 : chiffrages avec temps à la croche

Le temps à la blanche

Voyons maintenant les mesures dont la pulsation est faite de temps à la blanche. Dans le chiffrage, les temps à la blanche sont indiqués par un 2 en bas.

Par exemple, voici une mesure à trois-deux.

Le chiffre du bas est 2, donc la mesure est faite de temps à la blanche. Combien de temps à la blanche par mesure ? D’après le chiffre du haut : 3. Le chiffrage signifie donc « 3 temps à la blanche par mesure » :

Lire la musique : jour 8 - d'autres chiffrages

De la même façon, 2 temps à la blanche par mesure :

Lire la musique : jour 8 - d'autres chiffrages

Et 4 temps à la blanche par mesure :

Lire la musique : jour 8 - d'autres chiffrages

Comme tout à l’heure, nos figures prennent une valeur différente selon le temps. Si la noire vaut « un temps », il faut deux croches pour remplir un temps. Mais si la blanche vaut « un temps », il faut quatre croches pour le remplir.

Lire la musique - jour 8 : chiffrages avec temps à la blanche

En plus de les classer à deux, trois ou quatre temps, nous allons aussi classer les mesures en simples ou composées.

Les mesures simples

Les mesures simples sont celles que nous avons vues jusqu’ici. Ce qui les rend simples, c’est que chaque temps est naturellement divisible par 2 (alors que, nous le verrons, les mesures composées sont naturellement divisibles par 3). Par exemple, le deux-quatre est une mesure simple parce que chaque temps à la noire se divise naturellement en 2 :

jour 9 : la liaison

Le chiffrage deux-quatre est donc une mesure simple à deux temps.

Le deux-deux est une autre mesure simple à deux temps. Elle est à deux temps parce qu’elle compte 2 temps par mesure, et elle est simple parce que chacun de ces temps est naturellement divisible par 2.

jour 9 : la liaison

Les mesures composées

Chaque mesure simple a son équivalent composé. Alors que les mesures simples sont celles dont les temps sont naturellement divisibles par 2, dans une mesure composée chaque temps est naturellement divisible par 3.

Voici comment ça marche : prenons la mesure simple à deux temps deux-quatre. Comme nous l’avons vu, elle est faite de 2 pulsations à la noire par mesure, et chacune se divise naturellement en deux croches.

jour 9 : la liaison

Mais imaginons que la mesure soit plutôt faite de 2 noires pointées :

jour 9 : mesures simples et composées

Chacune de ces 2 pulsations est maintenant naturellement divisible en 3 parties égales :

jour 9 : la liaison

D’ailleurs, le chiffrage d’une mesure faite de 2 noires pointées est six-huit : 6 croches par mesure.

jour 9 : la liaison

Gardez cependant à l’esprit que les pulsations principales restent les deux noires pointées (dont la première est la plus forte). Pour distinguer les temps principaux de leurs parties plus petites, on peut employer le mot « subdivision » :

jour 9 : mesures simples et composées

Cela veut dire que cette mesure est à deux temps. Comme chacun des 2 temps est naturellement divisible par 3, elle est composée. Le chiffrage six-huit est donc une mesure composée à deux temps.

Prenons un autre exemple. Voici une mesure simple à trois temps faite de 3 croches par mesure.

jour 9 : la liaison

Son équivalent composé à trois temps doit être fait de 3 croches pointées par mesure, et chacune de ces 3 croches pointées est divisible par 3. Voici donc une mesure composée à trois temps :

jour 9 : la liaison

En additionnant ces divisions (les doubles croches), on découvre que le chiffrage de cette mesure est neuf-seize :

jour 9 : la liaison
jour 9 : mesures simples et composées

Enfin, voyons un exemple de mesure composée à quatre temps. Cette mesure est remplie par 4 blanches pointées. Quel est le chiffrage ?

jour 9 : mesures simples et composées

Trouvons la réponse étape par étape. Chaque blanche pointée peut se décomposer en 3 noires :

Lire la musique : jour 9 - chiffrages simples et composés

La mesure est maintenant remplie par 12 noires. Le chiffre du haut sera donc 12. Le chiffre du bas doit représenter la subdivision à la noire et, d’après ce que nous savons des mesures simples, c’est le 4.

Le chiffrage de cette mesure composée à quatre temps est donc douze-quatre. La pulsation est à 4 temps et chaque temps se divise en 3 noires :

jour 9 : la liaison
jour 9 : mesures composées et simples

Nous avons donc appris que les mesures se définissent de deux façons :

  • par le nombre de temps : à deux, trois ou quatre temps
  • et par la subdivision naturelle de ces temps : simples ou composées

Et voilà, vous savez tout sur le chiffrage des mesures !